Politique de L'emploi et Insertion des Jeunes

Politique de L'emploi et Insertion des Jeunes

Selon Pierre Bourdieu1, « La jeunesse n’est qu’un mot ». En effet, il est souvent difficile de définir ce qu’est un jeune et à quelle tranche d’âge il correspond: un jeune est un « être en formation » qui se situe entre l’enfance et l’âge adulte. L’insertion des jeunes sur le marché du travail, sans cesse au centre des priorités gouvernementales depuis les années 1970, est un processus long et délicat. Les politiques de l'emploi sont l’ensemble des mesures mises en œuvre par les administrations publiques dans le but d’accroître l'emploi et de réduire le chômage. Rappelons qu’en 2008, le taux de chômage des jeunes actifs était de 13,5%. L’évolution du système éducatif, au cours de ces dernières décennies, s’accompagne néanmoins de perturbations dans le processus d’insertion ; on assiste par exemple à un chômage grandissant chez les diplômés du supérieur: en 2008, 6,8% d’entre eux sont au chômage. La précarité dans l’emploi frappe également les plus jeunes, avec des taux d’occupation d’emplois précaires supérieurs à ceux des plus âgés. À l’heure de la mondialisation, l’engagement des jeunes est une force pour l’avenir du pays, mais alors: les politiques de l’emploi, en matière d’insertion des jeunes sur le marché du travail, sont-elles efficaces ? Après avoir décrypté ces différentes politiques, tout en faisant le lien avec la situation des jeunes en termes d’insertion, et enfin, en proposant quelques solutions visant à améliorer le bilan final.

I) L’historique des politiques de l’emploi en France, apparait comme exhaustif et prometteur…
a) De nombreuses politiques sont mises en place.
Les différentes périodes de récession, représentées notamment par les deux chocs pétroliers, sont marquées par une croissance exponentielle du chômage des jeunes qui augmentent de 10 points de pourcentage en 1975 et 1985. Face à ce problème endémique, une réaction de l'État était nécessaire. Ainsi, le gouvernement Barre en 1977, institue le premier pacte national pour l'emploi afin de stimuler l'emploi des jeunes. Plus tard, en 1982, le gouvernement Mauroy élèvera la qualification et l'insertion des jeunes au rang « d'obligation nationale » (ordonnance du 26 mars 1982).
Dès lors, se succèderont différentes mesures pour favoriser l'insertion des jeunes, dont le rapport Schwartz sera le catalyseur. Il permet, en 1981, de mettre en place des missions locales pour l'insertion professionnelle et sociale des jeunes. Puis en 1982, les points d'accueils d'information et d'orientation sont institués pour soutenir l'articulation entre indépendance économique et autonomie sociale. En 1997, Martine Aubry, alors ministre de l'emploi et de la solidarité, met en œuvre les emplois jeunes qui ont permis de réduire leur taux de chômage. Les principales méthodes utilisées par le Gouvernement via les politiques de l'emploi sont nombreuses. On constate des allègements ou des exonérations de charges des entreprises lors de l’embauche de jeunes par exemple. Des contrats spécifiques ont été créés comme les contrats de qualification, le contrat emploi solidarité (CES), le contrat d’insertion professionnelle (CIP), le contrat première embauche (CPE) entre autres. Des emplois spécifiques ont également vu le jour et notamment les travaux d’utilité collective (TUC) mais aussi les emplois jeunes. De nos jours, le chômage des jeunes reste une priorité de l'Etat ; c’est pourquoi en 2005, la création du contrat apprentissage qui engendre la création de 360000 emplois jeunes, témoigne de la volonté du gouvernement d'endiguer un chômage grandissant chez les jeunes.
Toutes ces mesures ont pour objectif principal de favoriser l’insertion des jeunes, de réduire le chômage et dans une certaine mesure, ils semblent être atteints.

b) Les différentes politiques de l’emploi qui ont été mises en œuvre, favorisent, dans une certaine mesure, l’insertion des jeunes.

Les politiques de l'emploi sont cycliques et conjoncturelles, mais apporte tout de même une solution au chômage et à l'insertion des jeunes. Les plans d’urgence pour l’emploi des jeunes de Philippe Séguin en 1986, ont permis une baisse sensible du taux de chômage des jeunes, de 25,3 % en 1984 à 16,5 % en 1990. Les «emplois jeunes» sans doute aussi poussés par la croissance, ont permis à nouveau de réduire le chômage des jeunes : baisse de ce taux chez les jeunes jusqu’à 18,1 % en 2001. De plus les pouvoirs publics ont appréhendé le problème majeur de l'insertion des jeunes. En général, malgré l'obtention d'un diplôme pour certain, leur inexpérience rebute les employeurs à les embaucher. Ainsi, afin de permettre aux 15-29 ans d'acquérir une première expérience, les contrats aidés jeunes ont été développés (335 530 jeunes en bénéficient en 2003) et la professionnalisation par le stage est de plus en plus exploitée : entre 2003 et 2008, la part des jeunes qui ont effectué un stage a augmenté de 36,8%.
De plus, le gouvernement actuel a pris conscience de l'enjeu de la formation et de l'instauration d'un cycle supérieur efficient et à même de permettre aux étudiants d'obtenir un emploi quelque temps après la fin de leurs études. Pour répondre à ces objectifs, le ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche a augmenté les moyens de financement des universités de plus de 7 milliards d’euros en 2007, à plus de 138 milliards en 2010. En outre, la création de cursus universitaire professionnalisant, davantage plébisciter par les employeurs, se démocratise à travers les masters et les licences professionnelles qui sont en constante revalorisation grâce notamment aux subventions émises par l'État.
Depuis 1973, les jeunes ont bénéficié de plus de 80 mesures différentes de la politique de l’emploi. Cependant, la succession des mesures dans le temps pose la question de l’instabilité de la politique d’insertion à l’égard des jeunes. Les dispositifs successifs, dont la durée est parfois très brève, ne se recoupent pas forcément en termes de public ciblé. Il en résulte une grande complexité dans la gestion administrative de la politique d’insertion et une absence de lisibilité pour les jeunes eux-mêmes.

II) … Cependant, le principal constat que l’on en tire est celui d’une insertion des jeunes qui s’avère de plus en plus difficile.

a) Le phénomène de déclassement et les difficultés en termes de niveau de vie des jeunes, sont au cœur de toutes les préoccupations.
La situation des jeunes français en matière d’insertion professionnelle est de plus en plus difficile. Les difficultés en termes de niveau de vie et le phénomène de déclassement illustrent la situation délicate dans laquelle se trouvent les jeunes. Selon l’INSEE, le nombre de jeunes hommes de 18 à 24 ans vivant au-dessous du seuil de pauvreté (c’est-à-dire touchant moins de 60 % du revenu disponible médian de l’ensemble de la population) s’élève en 2004 à 15,3 % et à 17,8 % pour les jeunes femmes. Au-delà de la mesure du niveau de vie des jeunes, en fonction de leur statut et de la catégorie socioprofessionnelle de leurs parents, certains sociologues insistent sur le « déclassement » caractérisant les jeunes générations actuelles. Ce déclassement n’est pas seulement perceptible à l’accroissement des écarts de salaires entre les salariés de cinquante ans et ceux de trente ans (l’écart était de 15 % en moyenne en 1975, il et de 40 % aujourd’hui), il est également perceptible en termes de responsabilités et de chances de promotion sociale. Ainsi, globalement, la probabilité d’occuper un premier emploi non qualifié est plus élevé au sein de la génération 1970-1974 qu’au sein de celle née dans les années 1960-1964, quelle que soit la trajectoire scolaire. L’élévation du niveau général d’éducation s’est accompagnée en outre d’une dévalorisation des diplômes obtenus. À diplôme égal, le poste occupé aujourd’hui par un jeune est inférieur à celui de la génération qui l’a précédé. Selon Louis Chauvel2, sociologue ayant travaillé sur la question des générations, c’est la première fois de l’histoire que, les parents (nés dans les années 1950 et 1960) craignent que la situation de leurs enfants soit moins favorable que la leur. Et pour cause, certains chiffres tels que le taux d’activité ou le taux de chômage sont alarmants et amplifient davantage ce mauvais présage.
b) L’insertion difficile des jeunes sur le marché du travail se traduit par un taux d’activité faible et un taux de chômage élevé.
Un taux d’activité faible, un taux de chômage élevé, autant de chiffres qui confirment les difficultés rencontrées par les jeunes lors de leur insertion sur le marché du travail. Le taux d’activité des jeunes est le rapport entre le nombre d’actifs de 15 à 29 ans (actifs en emploi et chômeurs) et la population totale correspondante. Le taux d’activité des jeunes de 15 à 24 ans en France est encore faible (29,3 %), ce qui place la France parmi les pays de l’Union européenne où le taux d’activité des jeunes est le plus bas ; la moyenne de l’Union européenne se situe à 36,3% (INSEE, La France en faits et chiffres). Le taux d’activité des 20-24 ans a connu une très forte baisse en France entre 1975 et 1995, passant de 70 % à 35 %. Cette très forte décroissance, en vingt ans, s’explique par la progression importante sur cette tranche d’âge de la durée des études, ensuite, la France se caractérise par un taux relativement faible de jeunes qui travaillent pendant leurs études. Le faible taux d’activité s’accompagne d’un taux de chômage relativement important, c’est-à-dire que sur l’ensemble des jeunes actifs une grande proportion est au chômage. Le taux de chômage des jeunes de 15 à 29 ans, est le rapport entre le nombre de chômeurs de cette tranche d’âge (actifs inoccupés) et la population active correspondante, en France, il s’établit à 13,5% en 2008 et la proportion des jeunes au chômage est de 7,5 %. Le chômage des jeunes est davantage sensible aux variations de la conjoncture que celui des adultes : le taux de chômage des jeunes connaît des fluctuations plus marquées que celles des tranches d’âge supérieures. Lors des périodes de ralentissement économique, la situation des jeunes actifs se dégrade plus rapidement. Au contraire, lorsque l’économie repart, les jeunes sont les premiers à bénéficier de la reprise, comme cela a été observé à la fin des années 1980 par exemple. Cette très forte sensibilité à la conjoncture des conditions d’insertion des jeunes s’explique par le fait que, en tant qu’entrants sur le marché du travail, ils sont surreprésentés parmi les candidats à l’embauche. Si les plus diplômés sont assez protégés des aléas de la conjoncture, les peu diplômés y sont particulièrement exposés. Notons également que les jeunes occupent majoritairement les emplois temporaires et précaires (CDD, intérim et succession de ces types de contrats), mais seulement une partie de ces emplois temporaires se transforment en emplois à durée indéterminée, à plus ou moins long terme. On constate également de fortes disparités au sein de la catégorie jeune, notamment dans le cas des jeunes issus de l’immigration qui sont victimes de discrimination, ainsi que des différences non négligeable entre les hommes et les femmes ; ces dernières connaissent des trajectoires d’insertion plus incertaines (risque de chômage élevé, temps partiel, salaires inférieurs, difficultés d’accès aux emplois de cadres...). À qualifications et/ou diplômes égaux, les femmes accèdent moins souvent que les hommes à des postes de responsabilité (cadres et cadres supérieurs). Alors que des jeunes sont sans emploi et les entreprises en pénurie de personnel, le Conseil économique, social et environnemental s’interroge sur ce contexte socio-économique paradoxal dont il existe plusieurs causes. La méconnaissance et la non-lisibilité par les chefs d’entreprise, de l’ensemble des dispositifs d’insertion des jeunes dont la multiplicité, la complexité de mise en œuvre et l’évolution relativement rapide sont autant d’obstacles pour les dirigeants à embaucher des jeunes et notamment les plus en difficulté pour une insertion durable.

Le bilan des politiques d’insertion des jeunes en France est mitigé et a permis d’en faire ressortir à la fois les réussites et les échecs. Certes, les différentes mesures mises en œuvre depuis vingt-cinq ans n’ont pas fait disparaître les difficultés sociales et économiques qui touchent encore une partie non négligeable de la jeunesse, mais il est établi qu’elles ont permis d’éviter une exclusion durable. C’est en ce sens que l’on peut affirmer qu’au-delà du retour à l’emploi, qui doit rester l’horizon de ces politiques, celles-ci ont également un rôle d’ordre éducatif et social. Il s’agit, dans bien des cas, de donner une chance nouvelle, de permettre un retour de la confiance nécessaire à la construction de l’avenir, tant professionnel que personnel. Enfin, nous finirons sur une citation du Conseil économique, social et environnemental, qui souhaite rappeler que « les trois objectifs fondamentaux qui doivent guider la politique d’orientation et d’insertion en direction des jeunes sont de ne laisser aucun d’entre eux au bord du chemin, de redonner confiance en l’avenir et de valoriser le capital humain que représentent les jeunes pour l’ensemble de la société. »

Bahia, Rafaëlle, Diea & Abdel