Mort à Gaza - Que ce soit l'éducation reçue par les deux jeunes Influence palestiniens et israéliens de leurs visions de l'Autre et par conséquent la résolution du conflit

Mort à Gaza - Que ce soit l'éducation reçue par les deux jeunes Influence palestiniens et israéliens de leurs visions de l'Autre et par conséquent la résolution du conflit

Death in Gaza (Mort à Gaza) est l'un des nombreux documentaires tournés sur le conflit israélo-palestinien. Le réalisateur, James Miller, a porté une attention particulière sur la vie des enfants palestiniens qui grandissent dans ce milieu de tensions. Il nous rapporte ainsi le quotidien de quelques-uns d'entre eux dont l'âge et le sexe diffèrent mais dont le thème des jeux reste le même : celui de la guerre. On peut donc se demander si ce conflit et l'éducation que reçoivent autant les jeunes Palestiniens que les Israéliens influencent leurs visions de l'autre et par conséquent la résolution du conflit. Pour répondre à cette question nous allons nous servir de la théorie du philosophe anglais, John Stuart Mill, portant sur le point de vue de la justice, de la philosophie de Nicolas Machiavel, en ce qui a trait à la dimension politique du conflit ainsi que d’Emmanuel Kant et de sa philosophie de l'éthique. Ainsi à travers cette analyse nous essayerons de voir comment une éducation qui valorise la tolérance et qui présente l'autre non comme un simple ennemi qu'on vise à éliminer mais comme un côté opposé du problème avec qui on espère s'entendre, est une solution possible à cette situation conflictuelle.

Tout d'abord, John Stuart Mill est un philosophe britannique du 19e siècle qui est connu par une pensée libérale vigoureuse. Ainsi, sa philosophie se base sur la nécessité de défendre les libertés morales et politiques de l'individu quant à la communauté ou à l'état qui le gouverne. Notamment, la liberté d'expression en considérant qu'en s'opposant à celle-ci on s'estime infaillible vu que par cette position on considère que l'on est certain de la fausseté de l'opinion d'autrui. Aussi, en traitant du thème de la liberté civile, Mill définira ce que la société peut imposer à un individu, ou ce qu'il appellera la tyrannie de la majorité sociale ou politique, d'où le principe de non-nuisance qu'il explique en écrivant : « la seule raison légitime que puisse avoir une communauté pour user de la force contre un de ses membres est de l'empêcher de nuire aux autres » .

À la différence de Machiavel, un penseur italien de la renaissance, dont la philosophie concerne la pensée politique et définit des principes servant à acquérir le pouvoir, à le conserver et le stabiliser dans un État. Pour lui, la politique est l'art autant de prendre le pouvoir que de le maintenir face à toute sorte de changement ou de renouement. Par ailleurs, il définit l'action politique par deux notions, la fortune et la vertu. La première désigne les circonstances extérieures et les occasions imprévisibles qui se présentent au gouvernant ou à des gouvernés qui tentent d'acquérir un pouvoir politique, tandis que la deuxième consiste en la façon d'exploiter les conséquences par les contraintes. Cela ne fait donc pas référence aux valeurs vertueuses des dirigeants mais à leur capacité de maitriser la fortune et de s'en servir pour renforcer ou conserver leur pouvoir.

Cependant, la morale kantienne est une critique de la raison selon laquelle ce philosophe prussien essayera de définir ses limites. Ainsi, il la sépare en raison théorique, qui nous permet d'acquérir des connaissances, et pratique qui concerne tout simplement les actions et les comportements. Par ailleurs, il tentera d'affirmer si l'être humain possède ou non une raison pure qui lui permet d'organiser ses valeurs et préférences. Dans ce but, il propose trois filtres pour différencier les actions justifiables ou non éthiquement. Ainsi, selon sa théorie un argument n'est valide et susceptible de justifier une action « moralement » que s'il ne porte pas sur les conséquences de celle-ci, s'il est universalisable, c'est-à-dire que les autres ne s'abstiennent pas de le poser et par le fait même il n'est pas autocontradictoire, et s'il permet de voir l'être humain, soit soi-même ou autrui, comme une fin en soi.

Ensuite, le conflit israélo-palestinien, au Proche-Orient, oppose l'État d'Israël, d'une majorité juive, et les Palestiniens, des civils arabes musulmans dont une minorité chrétienne. Ce dernier remonte à bien avant l'instauration de l'État Juif. Ainsi, après la déclaration de Balfour, une lettre ouverte du ministre des affaires étrangères britannique au président de la fédération sioniste, et dans laquelle l'expéditeur affirme que le Royaume-Uni est en faveur de l'instauration d'un foyer national juif, respectant les communautés non juives vivant sur le territoire, la Grande-Bretagne s'approprie les terres palestiniennes sous un mandat confié par la Société des Nations Unies. Ces terres sont choisies à cause de leur signification religieuse et historique pour les juifs, ainsi elles représentent pour eux des terres promises par Dieu où vivaient leurs ancêtres. Les communautés arabes palestiniennes se sentant alors menacées en voyant s'accroître autour d'eux des colonies juives, organiseront différentes manifestations où ils exprimeront leur désaccord avec les résolutions des autorités britanniques et des organisations sionistes. Cela donnera naissance à des attaques violentes entre les deux côtés dont les plus connues sont les émeutes de Jérusalem, lors d'une célébration d'une fête religieuse juive de Nabi Moussa où les Palestiniens arabes feront preuve de violence tandis que les autorités britanniques observeront les faits avec passivité. Cela sera donc en faveur de l'instauration de l'État Juif qui aura lieu le 15 mai 1947. Cette date marquera le début officiel du conflit. Le nouvel état aura une armée assez forte pour protéger son territoire et pour en conquérir d'autres de l'ancienne Palestine mandataire alors que les Palestiniens résisteront avec des attentats de suicides organisés par quelques organisations formées par des militants civils telles que le Jihad islamique palestinien ou les Brigades des martyrs d'Al-Aqsa dépendantes . Actuellement, le territoire de la Palestine mandataire est en majorité israélien, tandis que la Cisjordanie et la Bande de Gaza appartiennent encore à l'autorité palestinienne, mais resteront sous contrôle de l'armée israélienne.

On peut donc commencer à analyser ce conflit sous deux volets, politique et éthique. D'une part, concernant la dimension politique, les Palestiniens ne sont pas représentés par un État reconnu par les Nations Unies. Par le fait même, ils n'ont pas d'armée pour se défendre contre l'invasion israélienne. Donc, ils ont tendance à former des groupes de résistance qui vont viser les civils israéliens et rarement l'armée vu leur faiblesse devant celle-ci. De plus, l'autorité palestinienne, elle-même, est divisée entre le Hamas et le Fatah. Le premier gouvernant la Cisjordanie, est le côté de l'autorité ouvert aux négociations avec Israël, tandis que le Hamas a plus tendance à encourager la résistance populaire. Cela augmente donc la difficulté de trouver une entente qui satisfait les trois côtés. Concernant l'État israélien, il répond aux attaques des paramilitaires dans le but de protéger ses citoyens. Étant donné qu'ils ne se trouvent pas face à une autre armée mais à des résistants cachés parmi des civils, les militaires israéliens viseront des institutions civiles telles que des hôpitaux ou même des écoles. D'ailleurs, le gouvernement israélien appliquera plusieurs politiques pour conserver l'état, que ce soit en construisant le Mur de la Honte autour de la Cisjordanie ou le siège sur la Bande de Gaza, grâce auquel Israël contrôle tout ce qui entre vers ces villes et empêche quoi que ce soit d’en sortir. Aussi les « points de contrôle », placés à la sortie de chaque ville, seront utiles pour que les soldats israéliens s'assurent que les passagers palestiniens ne menacent en aucun cas la sécurité d'Israël. Ainsi, de ce point de vue, Israël se trouve à être la puissance qui a le droit de limiter les libertés des civils palestiniens pour se protéger et pour conserver son pouvoir.

D'autre part, il est clairement cité dans la Déclaration des droits de l'enfance de l'UNESCO que « l'enfant, pour l'épanouissement harmonieux de sa personnalité, doit grandir dans un milieu familial, dans un climat de bonheur, d'amour et de compréhension ». Or, ni les enfants palestiniens, ni les enfants israéliens ne bénéficient de cette chance. En d'autres termes, ils sont tous victimes des tensions entre les sociétés dans lesquelles ils vivent. Si on prend pour exemple les assauts qu'a mené l'armée israélienne sur la Bande de Gaza en 2009 dans le cadre de l'opération Plomb Durci, plusieurs écoles palestiniennes ont été visées ou même détruites. De cette façon, on enlève à ces jeunes étudiants le droit à l'éducation. Dans des cas plus extrêmes, leurs maisons sont aussi touchées et quelques membres de leurs familles trouvent la mort. Donc, non seulement ils n'ont plus le droit à l'éducation, mais ils se retrouvent à être sans abri, en plus de l'impact sur leur vie psychique que ces conditions de vie peuvent avoir. Par conséquent, ils seront obligés de grandir dans des camps de réfugiés où les simples principes d'hygiène et de santé ne sont pas respectés vu que les villes palestiniennes se transforment en de petites prisons à ciel ouvert sous l'occupation israélienne. Cependant, la situation n’est pas plus avantageuse pour les enfants israéliens. Ils vivent aussi dans une situation d'insécurité. Pour simple exemple, quelques combattants du Hamas n'ont pas hésité à viser un bus scolaire en réponse à des attaques israéliennes. Aussi, vers l'âge de 18 ans ces jeunes sont obligés de faire un service militaire dans le seul et unique but de défendre leur pays contre un ennemi dont on les a préparés à haïr et à combattre depuis leur plus bas âge. Ils n'ont donc pas le choix de refuser l'avenir qu'ils espéraient.

Compte tenu de ce qui précède et en considérant que ce conflit affecte l'éducation des enfants qui grandissent dans ces territoires de tensions, on peut affirmer qu'il est nécessaire de leur procurer une éducation comme tout autre enfant en dehors du conflit. C'est-à-dire une éducation qui leur permet de faire leur propre critique du problème qui les entoure, sans être influencés par l'opinion d'un des deux côtés du conflit, étant donné qu'ils sont libres d’avoir et de développer leur propre point de vue et qu'ils ont le droit d'avoir une éducation basée sur les valeurs de la tolérance et la paix. Or, il est aussi possible de penser qu'autant du côté palestinien qu'israélien, les enfants devraient être éduqués selon les valeurs qui leur permettraient de défendre leur propre pays contre son ennemi, afin de protéger leur communauté et leur souveraineté.

En premier lieu, les enfants palestiniens et israéliens sont libres de construire leur propre point de vue sur le conflit et de vivre leur enfance comme des enfants normaux. En effet, en leur imposant un système d'éducation qui se concentre en grande partie sur le mal commis par l'autre et sur l'importance de défendre sa patrie contre celui-ci, la jeunesse palestinienne et israélienne devient exposée à une seule manière de penser la situation. Ils développent donc une haine contre l'autre et leur avenir se trace sur l'idée qu'une fois adulte ils doivent être en mesure de faire face à cet ennemi, que ce soit par le biais de la force ou par des moyens plus diplomatiques. Cependant, cela reste le résultat d'une pression sociale qui s'infiltre à travers leur société, leurs famille, amis et enseignants qui leur imposent un point de vue renfermé sur une seule idée : « l'autre est la source du problème ». Ainsi, si on se base sur la théorie de John Stuart Mill, on constate que le fait de se renfermer sur sa propre opinion sans écouter le point de vue adverse atrophie les facultés intellectuelles et donne naissance au conformisme et à l'intolérance. De plus, en s'ouvrant sur le jugement de l'autre on peut vérifier et tester nos propres opinions. De cette façon cela ouvre une fenêtre de dialogue entre les deux côtés et fait rupture avec le passé. D'ailleurs, au lieu d'injecter à la jeunesse une manière de penser qui ne fait que répéter l'histoire ensanglantée du conflit et le prolonger, leur laisser la chance de s'ouvrir à l'autre et de vérifier la validité de leurs jugements sur l'autre donnera peut-être naissance à une paix durable entre les deux peuples.

Par contre, en enseignant aux générations grandissantes qu'il faut défendre son territoire contre toute sorte de menaces, l'autorité palestinienne ainsi que l'État israélien essaie de maintenir leur souveraineté. Ainsi, si on définit le conflit selon les relations de puissance et d'impuissance, chacun des deux côtés essaie de gagner du pouvoir pour conquérir ou récupérer ses territoires. Donc selon la philosophie Machiavélienne, il est nécessaire que les deux autorités forment leurs successeurs et leurs nouveaux peuples sur la même idée de conservation du pouvoir. Ainsi, du côté israélien il faut propager l'idée que les palestiniens ce sont les ennemis contre qui la jeunesse devrait s'unir pour combattre. De cette façon il garantit la fidélité de ses gouvernés vu qu'à leurs yeux c'est un gouvernement qui les protège et lutte pour le bien du peuple juif. Quant aux palestiniens, l'idée de nationalisme et de patriotisme que les écoles enseignent aux enfants dès leur plus bas âge, accompagnée des injustices qu'ils subissent à cause de l'occupation israélienne, garde ce peuple réuni aussi contre un seul ennemi et sous une autorité qui protège cet idéal. D'ailleurs, d'après Nicolas Machiavel l'existence d'un État est une fin en soi. De ce point de vue l'éducation des générations grandissantes en se consacrant sur les menaces d'autrui et sur l'importance de défendre son pays ne fait qu'assurer la stabilité de ces états et conserver leurs pouvoirs. Cela aboutira donc à l'élimination ou à l'oppression totale d'un des deux camps à la faveur de l'autre, ce qui pourra aussi régler le conflit, sans tenir compte de l'importance des valeurs éthiques mais plutôt de celles qui sont politiques.

Finalement, les enfants qui grandissent en Palestine ou en Israël ont le droit, comme tout autre enfant dans le reste du monde à avoir une enfance stable et une éducation basée sur les valeurs de la tolérance et la paix. On peut donc remarquer que cet argument est conforme aux critères d'Emanuel Kant pour être valide éthiquement. En effet, on n'évalue pas la situation selon les circonstances mais en traitant les enfants des deux peuples comme une fin en soi. En d'autres termes, en leur enseignant de la même façon comme n'importe quel autre enfant né ailleurs que dans les terres du conflit, on fait d'eux des êtres humains capables de faire des choix responsables et raisonnables pour eux et pour leur patrie et non des machines à tuer pour la seule idée de défendre leur pays par la force. Aussi, cela est un argument universalisable. C'est-à-dire que toute autre enfant dans le monde a les mêmes droits et tout autre pays aurait tendance à traiter ses étudiants de la même manière. Par le fait même ce n'est pas une justification autocontradictoire.

Tout compte fait, en se questionnant sur le sort des âmes qui grandissent dans le conflit israélo-palestinien et l'influence qu'a leur éducation sur la résolution de ce dernier, on découvre que ces enfants ont le droit d'être traités comme leurs semblables qui vivent ailleurs. C'est-à-dire qu’il faut leur apprendre les notions de tolérance, de paix, l'importance de connaitre l'autre et d'écouter son point de vue avant de le juger. Ainsi, cela donnera naissance à une sorte de dialogue entre les deux peuples au lieu de la haine grandissante entre eux. Cependant, on se demande aussi si cela est envisageable dans ces circonstances. La pression sociale que ces enfants subissent non seulement par leurs professeurs et enseignants mais aussi par leurs familles et les faits qu'ils vivent et qui sont toujours interprétés par leur entourage de la même façon, soit l'idée que l'autre est injuste envers nous et ne voudra jamais une paix durable, tout cela ne rend-il pas cette solution presque impossible?

Bibliographie
MILL John Stuart, De la liberté, Paris : Gallimard, 1990. Première traduction française par Charles Brook Dupont-White, Paris : Guillaumin, 1860, titre en anglais : On Liberty, 1859. Folio/Essai. 242 p.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Nicolas_Machiavel, encyclopédie électronique Wikipédia, consulté le 3 décembre 2011.
http://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9claration_Balfour_de_1917, encyclopédie électronique Wikipédia, consultée le 14 novembre 2011.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Conflit_isra%C3%A9lo-palestinien, encyclopédie électronique Wikipédia, consultée le 14 novembre 2011.