La précarité des jeunes sur le marché du travail

Sujet : La précarité des jeunes sur le marché du travail

SOMMAIRE
I) La précarité a permis de soutenir l'emploi des jeunes et contourne les risques du chômage et de l'inactivité
A) La précarité est devenue un passage quasi-obligé pour les jeunes sur le marché du travail
1) Les jeunes sont plus touchés que les non-jeunes par les contrats précaires
2) Une hétérogénéité au sein de la catégorie des jeunes montre que les 15-19 ans sont plus touchés que les 20-24 ans
3) Une spécificité des jeunes est établie du point de vue des contrats précaires
B) Des avantages immédiats face au chômage des jeunes participent à la primo-insertion des jeunes:
1) Les contrats précaires sont une échappatoire au chômage
2) La flexibilité du travail permet de limiter le nombre de chômeurs découragés
3) Les emplois précaires pallient au manque d'expérience des jeunes
4) Un tremplin vers un emploi stable rends la précarité transitoire

II) Cependant, les inconvénients résultant de la précarité de l'emploi sont légions et fragilisent l'insertion des jeunes
A) La succession de contrats atypiques, si elle perdure, est stigmatisante
B) L'alternance entre chômage et emploi précaire induit un risque de découragement et pèse sur leur insertion
C) Les jeunes se voient de plus en plus obligés d'accepter des situations de sous-emploi contraignantes
D) La précarité amplifie le phénomène de déclassement
E) L'emploi des jeunes subit les aléas de la conjoncture, et sert ainsi de variable d'ajustement pour les entreprises

Sujet : La précarité des jeunes sur le marché du travail

La fin des Trente Glorieuses marque une rupture avec la forme traditionnelle d’emploi, c’est-à-dire les contrats à durée indéterminée (CDI). En effet, de nouvelles formes d’emploi apparaissent en France, tels que les contrats à durée déterminées(CDD), les intérims, les stages, les alternances, temps partiel. Ces contrats atypiques se différencient des contrats typiques par la durée et le temps de travail et ils conduisent à une précarisation de l’emploi. La précarité de l’emploi est une situation dans laquelle les salariés ne se voient proposer que des contrats courts ou susceptibles d’être facilement interrompus par l’entreprise. Si elle facilite la flexibilité pour les entreprises, elle engendre un sentiment d’insécurité notamment pour les jeunes salariés. La catégorie des jeunes rassemble les personnes âgées de 15 à 29 ans, sous-divisée en trois classes celle de 15-19, celle de 20-24, et celle de 25-29.
En raison du développement des contrats atypiques dans l’emploi des jeunes, la précarité tend à devenir une norme, mais est-elle une réponse efficace au chômage?
Pour répondre à cette question, nous verrons que la précarité a permis de soutenir l’emploi des jeunes, cependant des inconvénients apparaissent qui remettent en cause son efficacité.

Depuis les années 1970, la notion d'emploi typique désignant le modèle de référence tel qu'il pouvait être défini à l'issue de la période des Trente Glorieuses : emploi salarié à temps plein, stable (contrat à durée indéterminée), s’est affaibli. En effet, on assiste à un développement rapide des « formes particulières d’emploi », constituant l'une des facettes (la plus visible) de la tendance à la flexibilité *1 pour les entreprises, qui induit plus de précarité pour les travailleurs, particulièrement les plus jeunes. Néanmoins cette précarité, tendant à devenir la norme, s’accompagne d’aspects positifs puisqu’elle a permis de soutenir l’emploi des jeunes, qui peuvent ainsi échapper au chômage.

Les emplois précaires regroupent l'emploi à temps partiel, l'intérim, les contrats à durée déterminée (CDD), l'apprentissage et les contrats aidés.
Dans un premier temps, en calculant l’évolution de la part des contrats temporaires (en CDD et en intérim) pour les 15-29 ans et pour les 30-49 ans sur l’ensemble des années 2003-2008, on peut mettre en évidence une spécificité des jeunes. En effet, le graphique 1 proposé en annexe révèle que les jeunes de 15 à 29 ans occupent des emplois précaires de façon plus importante que les non-jeunes.
De plus, il y a une évolution croissante des CDD+Intérim sur le temps, mais qui tend tout de même à se stabiliser depuis 2005 pour les non-jeunes et depuis 2007 pour les jeunes voire même à fléchir depuis 2007 pour les deux tranches d’âge.
Le calcul de l’évolution de la part des jeunes dans le total des contrats instables confirme cela : par exemple, en 2008, les jeunes âgés de 15 à 29 ans représentaient 54,24% de l’ensemble des contrats instables, contre 35,34% pour les 30-49 ans.
Les jeunes sont donc plus touchés que les non-jeunes par les contrats temporaires.
Dans un second temps, parmi la catégorie « jeune », le recours aux contrats instables est différent selon les tranches d’âges. Le graphique 2 proposé en annexe révèle que la part des contrats temporaires touche chacune des catégories « jeunes » de manière différente. Dans ce graphique, on constate que les 15-19 ans sont associés à la part de contrats temporaires la plus élevée dans l’ensemble des contrats de leur classe d’âge. En effet, en 2005 plus de 50% des contrats des 15-19 ans sont des contrats temporaires. Plus on vieillit, plus la part des contrats temporaires devient faible. Cela s’explique par la différence d’expérience et la différence de diplôme. Les actifs de 24 à 29 ans ont plus d’expérience professionnelle que les plus jeunes (15-19 ans) donc moins de difficulté à trouver un emploi stable de type CDI. Les plus diplômés trouvent assez rapidement un emploi stable tandis que les non diplômés occupent très rarement un premier emploi durable. En effet, plus de 65% des diplômés du supérieur sont salariés sous CDI, contre 25% de non diplômés. Cela s’explique par le coût élevé des formations pour les emplois plus qualifiés, ceux-ci sont donc plus protégés de la flexibilité du marché du travail et plus facilement occupés en CDI.
Le graphique 3 montre qu’entre 2003 et 2008 la part des contrats instables a augmenté pour toutes les catégories « jeunes », à l’exception de la tranche 20-24 ans, restée plutôt stable sur la période. Cette augmentation s’explique par la dégradation de la conjoncture économique et par la flexibilisation du marché du travail. Ainsi on observe que les 25-29 ans normalement plus diplômés, ou du moins plus expérimentés, occupent moins d’emplois jugés instables que les plus jeunes. Les 15-19 ans possèdent pour la plupart des diplômes de type CAP, BEP ou BAC professionnels, ils sont donc plus susceptibles de passer par un emploi précaire.
Ainsi les statistiques nous permettent de repérer aisément une spécificité des jeunes par rapport aux non-jeunes d’une part, et particulièrement des jeunes de 15 à 19 ans par rapport au reste de la catégorie « jeune », d’autre part : le passage par un emploi temporaire est devenu quasi-systématique dans un parcours professionnel.
D’après les constats faits plus haut on peut mettre en évidence le fait que la précarité dans l’emploi frappe d’abord les jeunes : 34% des actifs occupés de 15 à 29 ans occupent un contrat atypique contre 9% des 30 - 49 ans. En effet, on constate que les emplois précaires sont devenus un passage quasi-obligé pour les jeunes. Les emplois atypiques tendent à résoudre le problème de la primo-insertion des jeunes en leur apportant de l’expérience et en diminuant leur taux de chômage.
Dans un premier temps, les emplois précaires permettent aux jeunes d’échapper aux chômages. Ainsi, l’avantage qu’apporte l’emploi précaire est d’autoriser aux jeunes d’avoir un emploi et donc de rester dans la population active occupée. Le simple fait de faire partie de la population active et donc ne pas être confronté au chômage a des conséquences importantes au niveau social. Autrement dit, lors de l’entrée des jeunes sur le marché du travail, la possibilité de trouver rapidement un emploi, même si celui-ci est instable, empêche les jeunes de subir des longues périodes d’inactivité, desquelles peuvent résulter des troubles sociaux. L’article tiré Du Monde du 24 août 2010 explique que « le décrochage, le rejet, à un âge où l’on est en pleine construction de soi, de son avenir, peut s’accompagner (…), d’une perte de confiance dans les institutions et d’un développement de conduites à risques »*2
De même, l’emploi précaire permet de limiter le nombre de chômeurs découragés, autrement dit d’éviter des « générations perdues »*3. Selon l’INSEE, un chômeur découragé est une personne qui souhaite travailler, disponible pour le faire mais qui déclare ne plus rechercher d'emploi car la perspective d'y parvenir lui paraît trop faible. En effet, lors de l’insertion sur le marché de travail, la multiplication des refus de la part des employeurs affecte la motivation du chercheur d’emploi en question. L’OCDE écrit dans son rapport du 14 avril que « l’échec sur le marché du travail est souvent difficile à rattraper et peut exposer les jeunes à une stigmatisation de longue durée »*4. Une telle stigmatisation peut compromettre l’avenir des jeunes au point de créer des «générations perdues»*2. On peut donc conclure que ces nouvelles formes d’emploi, même si elles s’avèrent instables, permettent aux jeunes de conserver un statut d’actif et d’échapper au statut de chômeur découragé.
De plus, ces emplois flexibles participent au processus de formation en offrant la possibilité d’acquérir une expérience professionnelle aux jeunes. En effet, le système scolaire français est jugé très généraliste et manquant de filières spécialisées, c’est-à-dire des études en alternances, d’où un manque d’expérience des jeunes. Ainsi, lors de la primo-insertion, les jeunes sont confrontés à des refus d’une part car l’ancienneté est privilégiée sur le marché du travail et d’autre part car le coût de formation d’un jeune est très élevé. Les emplois précaires donnent la solution d’une telle situation. En effet, ils permettent d’acquérir une première expérience professionnelle aux jeunes, qui sera favorisée par la suite dans leur trajectoire sur le marché de travail.
De même, à condition que la conjecture soit favorable, les formes instables d’emploi peuvent transformer l’emploi précaire en emploi à durée indéterminée. En effet, l’emploi précaire peut être considéré comme un « tremplin » vers un emploi stable car il empêche l’inactivité, il permet d’acquérir une expérience professionnelle et donc assure un passage plus fluide du statut de nouveau vers le statut d’employé.
Les jeunes sont fortement marqués par la précarité de l’emploi. Le fort développement de celle-ci durant les dernières décennies, s’explique par la plus grande flexibilité qui permet d’amortir les fluctuations. L’une des catégories les plus touchées de cette nouvelles forme d’emploi est celle des jeunes à tel point qu’elle tend même à devenir une norme lors de l’insertion des jeunes sur le marché de travail. Malgré son caractère instable, la précarité d’emploi peut donc être bénéfique pour les jeunes et permet de soutenir l’emploi.
Cependant, son efficacité à résoudre les problèmes d’insertion des jeunes se révèle limitée, et des inconvénients apparaissent. Ainsi, les emplois précaires donnent lieu à une alternance entre chômage et précarité ou à une succession d'emplois instables, ceux-ci banalisent aussi des situations de sous-emploi, s'avèrent plus sensibles à la conjoncture et ils engendrent un phénomène de déclassement.

Tout d'abord la majorité de ce type d'emplois ne débouchent pas sur un emploi stable, mais emmènent les jeunes à alterner entre période de chômage et contrats atypiques. On parle alors de « carrières professionnelles en pointillés »*5. Ce passage chronique par le chômage engendre si la situation perdure, un découragement et fragilise de ce fait l'insertion professionnelle.
Les mêmes craintes surgissent avec l'enchaînement de contrats temporaires, relevant souvent d'une flexibilité externe abusive de la part des entreprises. Et leur position dominante ne les incite pas à perdre cet avantage en termes de souplesse quantitative d'emplois. On observe que seulement un contrat d'intérim sur huit se traduit par un CDI en 2001 et moins d'un sur trois pour les CDD*6: le rôle de tremplin joué par les emplois précaires n'est donc pas infaillible. Par conséquent, le risque d'exclusion voir de stigmatisation est à craindre sur le long terme.
De plus, la précarité des jeunes est souvent liée à une situation de sous-emploi. Celle-ci concerne les personnes qui souhaitent travailler d’avantage pendant la période de référence et son disponible pour le faire*7. En effet, le temps partiel, qui est un emploi atypique, se différencie en deux types : temps partiel subi et temps partiel choisi. Le temps partiel subi est celui qui correspond à une situation de sous-emploi. Ainsi, une grande majorité des jeunes sont concernés, car ils souhaitent et sont disponibles pour travailler plus mais ils sont contraints par le passage quasi-obligé par un emploi précaire lors de la primo-insertion.
Quatrièmement, la précarité amplifie le phénomène de déclassement, qui n’est pas spécifique aux jeunes. Celui-ci se définit comme « le processus qui désigne le fait d’occuper un emploi dont le niveau est inférieur à ce qu’il devrait normalement être, compte tenu du niveau de formation initiale de celui qui l’occupe »*8. En effet, depuis 1995 on observe une inflation des diplômes, à demande de travail qualifié quasi inchangée, ce qui entraîne leur dévalorisation par le billet du déclassement. Le problème provient du fait que le nombre d’emplois qualifiés n’augmente pas au même rythme le nombre de diplômés de supérieure, dû au ralentissement de la conjoncture. De ce fait, les entreprises embauchent moins et par conséquent les jeunes se contentent de moins, autrement dit les jeunes acceptent des emplois précaires d’une côté de peur de se trouver au chômage et d’une autre faute au manque de travail qualifié. La progression du phénomène de déclassement implique l’acceptation d’un salaire plus bas et donc un pouvoir d’achat plus bas, ce qui engendre une dégradation constante du niveau de vie des jeunes.
Un autre désavantage de la précarité et sa sensibilité à la conjoncture. En effet, lors d’un ralentissement du taux de croissance du PIB la situation des jeunes se dégrade plus vite que celle des non jeunes. Par exemple, entre 2003-2004 lors d’un ralentissement économique le taux de chômage des jeunes passe de 16% à 17,5% et celui des non-jeunes passe de 8,13% à 8,17%. On constate bien la sensibilité élevée des jeunes à la conjecture. La cause principale de cette sensibilité est le fort degré de précarisation de l’emploi chez les jeunes : « la surreprésentation des jeunes dans les flux d’embauches les place non seulement en première ligne face aux tensions conjoncturelles, mais également au cœur des transformations des normes d’emploi»*9. En effet, les emplois précaires caractérisés par leur flexibilité jouent un rôle de variable d’ajustement face à la conjecture. Les jeunes étant les principaux consternés par la précarisation se trouve donc dans une très grande instabilité. Alors, l’inconvénient majeur des emplois atypiques pour les jeunes est l’insécurité face à un déclin de la croissance.

La précarisation de l'emploi, et en particulier celui des jeunes, a donc permis de répondre aux transformations du marché du travail. Ces nouvelles normes d'emploi -plus flexibles- devinrent un passage quasi-obligé pour les jeunes et permirent de soutenir l'emploi. Le chômage des jeunes constitue en effet une problématique forte des gouvernements et la précarité est d'un prime abord, venu palier à de nombreux problèmes (tels le manque d'expérience, l'apparition de chômeurs découragés, le risque de perte d'efficacité avec le chômage de longue duré etc). La précarité sera donc toujours un moindre mal au chômage à tout point de vue. Néanmoins elle est loin d'apporter une solution pleinement efficace au chômage, au regard des aléas multiples que subissent les jeunes. La multiplication jusqu'à la généralisation de contrats précaires ou d'alternance avec le chômage, des situations de sous-emplois à long terme, le risque de déclassement et enfin, leur sensibilité accrue à la conjoncture, mettent en évidence les limites d'une telle solution. Les retombées en terme social, avec le retard d'autonomie des jeunes, la mise en danger du financement du système de sécurité sociale et la diminution du pouvoir d’achat des jeunes et de leurs parents accentuent les problèmes qui ressortent de la précarité de l'emploi. L’ampleur des conséquences de ces problèmes économiques et sociaux est toujours incertaine, mais elle pourrait avoir des impacts futurs importants sur notre société.

Annexe 1:
*1 La flexibilité : c’est l’ensemble des moyens permettant à l’entreprise d’adapter rapidement son organisation productive aux évolutions économiques.

On distingue des formes différentes :

- Flexibilité qualitative interne: développement de la polyvalence des salariés et/ou des équipements automatisés pour accroître l’adaptabilité de l’entreprise.

- Flexibilité quantitative interne: modulation du temps de travail (annualisation).

- Flexibilité quantitative externe: recours aux emplois temporaires et à la sous-traitance au gré des besoins de l’entreprise (externalisation)

- Flexibilité réglementaire: elle concerne la législation du travail ce qui correspond à modifier les lois afin qu'elles soient le moins possible un frein l'emploi. Exemple: la loi Seguin en 1986 (modification de législation qui lève l'autorisation administrative de licenciement).

La flexibilité n'est pas toujours synonyme de précarité. La flexibilité fonctionnelle est un facteur d'amélioration des compétences et les aménagements du temps de travail qui résultent de la flexibilité quantitative interne permettent une gestion du temps plus souple qui donne satisfaction à certains salariés.

Annexe 2 (graphiques)
Graphique 1 :
Évolution de la part des contrats instables (en CDD et en intérim) pour les 15-29 ans et pour les 30-49 ans sur l’ensemble des années 2003-2008.

Graphique 2 :

Graphique 3 :

Annexe 2 (citations de la brochure):
*2 - document 1: L’explosion du chômage des jeunes fragilise-t-elle nos sociétés ? p.18
*3 - document 1: L’explosion du chômage des jeunes fragilise-t-elle nos sociétés ? p.18
*4 - document 1: L’explosion du chômage des jeunes fragilise-t-elle nos sociétés ? p.19
*5 - document 9 : Formes particulières d’emplois et insertion des jeunes p 76
*6 - document 9 : Formes particulières d’emplois et insertion des jeunes p 76
* 7- INSEE : http://www.insee.fr/fr/methodes/default.asp?page=definitions/sous-emploi...
*8 - document 6 p 60
*9 -document 8 : L’accès des jeunes à l’emploi p.60

Annexe 3(sources de la brochure) :
- Document 1 L’explosion du chômage des jeunes fragilise-t-elle nos sociétés ?
- Document 6
- Document 8 L’accès des jeunes à l’emploi
- Document 9 Formes particulières d’emplois et insertion des jeunes
- INSEE: http://www.insee.fr/