Flexibilité du marché du travail et chômage des jeunes

Flexibilité du marché du travail et chômage des jeunes

Les chocs pétroliers des années 70 qui sont à l’origine d’aléas conjoncturels, mais aussi la transformation rapide des technologies (informatique, télécommunications) ont suscités des besoins en qualité de mains d’œuvre très différents. De plus la structure de la demande a évolué (elle est plus exigeante et il faut être plus réactif) avec la montée de la mondialisation des échanges. Ainsi la rigidité de l’emploi commençait à poser problème, il était donc nécessaire de recourir a la flexibilité du travail pour affronter toutes ces modifications.
Cette flexibilité peut revêtir plusieurs aspects : variation du temps de travail, des salaires, des effectifs…En général on distingue la flexibilité quantitative externe qui fait varier l’effectif en ayant recours au marché du travail; la flexibilité quantitative interne qui fait varier le temps de travail des salariés ; la flexibilité qualitative externe qui fait exécuter une partie de sa production par des entreprises extérieures (sous-traitance) et la flexibilité qualitative interne qui joue sur la polyvalence des travailleurs.
La flexibilité quantitative externe influe particulièrement sur le chômage des jeunes (les personnes de 15 à 29 ans entrent dans la classe « jeune »). En effet les entreprises font varier leurs effectifs en fonction de leurs besoins par le recours aux contrats de travail précaires (CDD, intérim), et aux licenciements. En 2008, en France, 1.144.063 jeunes travaillent en intérim ou en contrats de travail déterminés (CDD) ce qui représente 18,2% des actifs de cette même classe d’âge. Ces contrats de travail instables, pouvant être une réponse au problème du chômage, entrainent une précarisation de la situation des jeunes et peu mener a leur exclusion de la société.
Le développement de la flexibilité quantitative externe représentée par la hausse des contrats instables des 15-29 ans est-elle une réponse satisfaisante au problème du chômage des jeunes ? Ou bien a-t-elle alimentée un processus de précarisation de la situation des jeunes ?
Tout d’abord nous montrerons que la hausse des contrats instables touchant particulièrement les jeunes, peut-être interprétée comme une réponse au problème du chômage. Puis nous verrons que cette flexibilisation quantitative externe contribue à la hausse de la précarité chez les 15-29 ans.

Les actifs récents sont caractérisés par un fort taux de chômage et un taux d’emploi temporaire important. En effet « un actif récent sur trois a un contrat temporaire alors que ces contrats concernent moins d’un emploi sur dix au delà de dix ans de présence sur le marché du travail ».
Les actifs embauché depuis moins d’un an travaillent plus souvent à temps partiel bien qu’ils souhaiteraient travailler d’avantage. Ainsi « 7% de leurs emplois sont des temps partiels contraints contre 4% au-delà de dix ans d’ancienneté sur le marché du travail ».
Les actifs récents obtiennent souvent un emploi déclassé, c’est dire un emploi sous-qualifié par rapport à leur niveau de diplôme. Par exemple, « en 2004, pour les diplômés du supérieur, 6% des actifs récents occupent un poste non qualifié, contre 2% des actifs ayant plus de dix ans d’ancienneté sur le marché du travail »
Les actifs récents sont surreprésentés sur le marché du travail. C’est ainsi qu’en « 2004, 25% des nouveaux embauchés sont des actifs récents, alors qu’ils ne représentent que 8% de l’emploi total ».
On constate également qu’il y a plus de chance de se faire licencier lorsqu’on a acquis une faible expérience professionnelle. « En effet, les emplois temporaires sont alors plus fréquents, et les entreprises ont aussi tendance à faire porter les ajustements de l’emploi sur les personnes les plus récemment embauchées » (document 8).
La flexibilisation quantitative externe touche particulièrement les 15-29 ans pour une autre raison. En effet les jeunes sont plus sensibles à la conjoncture économique. « Lors de période de ralentissement économique, la situation des jeunes se dégrade plus rapidement que celle des anciens, mais lorsque l’économie repart ils sont les premiers à bénéficier de la reprise » (document 8). En effet en 2008 45% des jeunes de 15 à 29 ans qui se déclaraient au chômage un an auparavant on trouvé un emploi, contre 39% pour les personnes de 30 à 49 ans. Ainsi dans les périodes de conjoncture favorable, les entreprises ayant recours a la flexibilisation quantitative externe (qui jouent sur les effectifs) embauchent davantage pour répondre à la demande qui augmente. Or nous avons montré précédemment que ce sont les jeunes qui sont les principaux bénéficiaires des contrats temporaires de type CDD et intérim. Donc lors de période de « bonne santé économique », ce sont les 15-29 ans qui sont principalement embauchés.
Nous avons montré que la flexibilité quantitative externe touche particulièrement les jeunes, nous allons maintenant étudier comment cette flexibilité qui fait référence aux contrats a durée déterminé et a l’intérim peut-être une réponse au problème du chômage chez les jeunes.

C’est en effet l’approche néo-classique qui explique que la flexibilité a des effets bénéfiques sur l’emploi via le coût du travail. De ce point de vue le salaire d’équilibre serait trop rigide, ce qui aurait pour conséquence une inadéquation entre la demande et l’offre de travail (document 6). La mondialisation a contraint les entreprises à s’adapter aux mutations des marchés et a l’émergence des nouveaux pays industrialisés asiatiques. C’est pourquoi la flexibilité, rendu nécessaire par les transformations du marché du travail se traduit par un assouplissement de la législation. Cela a permis aux entreprises d’embaucher des employés (majoritairement jeunes) tout en ayant la possibilité de se « séparer aisément de cette main-d’œuvre en cas de ralentissement économique (document 9) ». De ce fait les firmes ont pu s’adapter plus rapidement aux évolutions de la demande, améliorer leur compétitivité et ainsi faciliter l’accès a l’emploi des jeunes.
Si les contrats atypiques sont exploités par les entreprises comme mode d’ajustement de la main d’œuvre aux variations économiques, ils constituent aussi aujourd’hui un mode de recrutement et un tremplin vers l‘emploi stable. En effet, de nos jours le contrat a durée déterminée est un passage quasiment obligatoire à l’entrée dans l’entreprise; c’est pour les 15-29ans une sorte de période d’essai allongée qui est souvent un « marchepied » vers un emploi stable et permet d’acquérir une première expérience professionnelle (Blochet Estrade, 1996). Ainsi « en 2006, 35% des jeunes salariés en contrat a durée déterminée décrochent un contrat a durée indéterminée l’année suivante, mais cette proportion dépend fortement de la situation conjoncturelle » (le CDD : un tremplin vers le CDI dans deux tiers des cas…mais pas pour tous par Bérengère JUNOD).
Nous avons étudié les mécanismes qui montrent que la flexibilisation peut contourner le problème du chômage ; nous allons maintenant montrer les limites de ce raisonnement.

Depuis les années 70, le chômage persiste. Ce chômage se traduit par la difficulté de l’accès à l’emploi. Les jeunes sont les premiers touchés. Leur entrée sur le marché du travail est plus lente et plus chaotique. Malgré un niveau de diplômes plus élevés que leurs prédécesseurs, les jeunes sont plus souvent au chômage et ceux plus longtemps que leurs aînés (30-65 ans) qui possèdent une plus grande expérience sur le marché du travail. En plus de leur manque d’expérience, les jeunes sont les plus sensibles à la conjoncture économique car ils sont des vecteurs privilégiés de la flexibilité quantitative externe du marché du travail.
Nous pouvons observer que la corrélation entre le taux de chômage et le taux d’emplois temporaires n’est pas clairement établit, il faudrait donc prendre en considération d’autres déterminants tel le niveau de diplôme (tableau annexe). On peut donc conclure que la hausse des contrats instables n’a pas permis une limitation du chômage chez les jeunes. Ce genre de contrats a même une incidence assez néfaste sur les jeunes. Le taux de chômage des jeunes et la conjoncture économique étant liés, lorsque le pays est une phase de croissance le taux de chômage a tendance à diminuer et inversement (par l’intermédiaire des contrats a durée déterminée).
Cette forte proportion des contrats à durée déterminé a créée un cercle vicieux. Cela a pour conséquence de faire apparaître une double exclusion tant sur le plan professionnel que sur le plan personnel.

Les bienfaits de la flexibilité, en particulier la flexibilité quantitative externe qui touche principalement les jeunes, sont sujet à controverse. Deux concepts s’opposent : ceux qui estiment que la flexibilisation permet d’éviter le chômage et qui pensent que cette forme d’emploi est un tremplin vers un emploi stable. Et ceux qui estiment qu’ils conduisent indubitablement au chômage. Les partisans du deuxième concept sont pour une limitation de l’usage des contrats temporaires et mettent l’accent sur les différents risques d’exclusion que crée la flexibilisation. La multiplication de contrats précaire rend plus fragile la relation à l’emploi. L’accumulation de contrats temporaires rend le passage par le chômage plus fréquent. Or la répétition des épisodes de chômage dans le parcours d’insertion stigmatise l’individu. Cette stigmatisation se traduit par l’exclusion du marché primaire _ (il y a une dualité du marché du travail. « Selon laquelle deux secteurs coexistent le secteur primaire offre des emplois stables, des rémunérations importantes et des perspectives de carrières intéressantes. A l’inverse les emplois du marché secondaire sont moins qualifiés, plus instables et moins rémunérés ») _ comme l’a démontré Lolliver. Les entreprises préfèrent engager une personne qui a une expérience professionnelle longue qu’une personne qui a plusieurs expériences professionnelles de courte durée. On retrouve beaucoup de jeunes sur le marché secondaire car le marché primaire est souvent occupé par les individus qui ont une certaine expérience.
La flexibilisation n’a pas pour seul effet l’exclusion professionnelle. Elle entraine aussi une exclusion sur le plan personnel.
Le parcours professionnel étant sensible à la conjoncture, les carrières s’écrivent en pointillés. Ainsi les salaires étant liés à l’ancienneté, les progressions salariales sont faibles. Les salaires évoluant peu, et les emplois étant instables, l’obtention d’un crédit se fait plus difficilement par manque de solvabilité. De ce fait, l’acquisition d’un logement indépendant n’est pas envisageable, le cocon familial est une alternative par défaut.
Malgré leur volonté, les individus veulent sortir de ce cercle vicieux mais ne peuvent pas car ils ont des besoins auxquels ils doivent subvenir. Ils préfèrent travailler qu’être au chômage, les emplois précaires appellent les emplois précaires. C’est un processus qui s’autoalimente.

Nous avons donc montré que les spécificités des jeunes, notamment leur taux de chômage élevé ainsi que leur sensibilité à la conjoncture, les rendent particulièrement vulnérable à la flexibilité quantitative externe. Par définition ce type de flexibilité permet aux entreprises d’ajuster leurs effectifs aux variations de la demande à l’aide d’emploi à durée déterminée (CDD, intérim). D’après la théorie néo-classique, le développement de ce type d’emploi est une solution au problème du chômage. Or les emplois précaires touchent majoritairement les 15-29ans. Cela devrait donc réduire le taux de chômage des jeunes.
Cependant, on constate qu’il n’y a pas de relation empiriquement vérifié entre le taux de contrats instables des 15-29ans et le taux de chômage des jeunes. Ainsi les chiffres nous montrent que le développement de la flexibilisation est une réponse insuffisante au problème du chômage chez les 15-29ans. De plus la flexibilité peut alimenter un processus de précarisation de la situation des jeunes par le biais d’une exclusion à la fois professionnelle et personnelle.
Par ailleurs, la nature des conséquences de la flexibilité quantitative externe ne peut être clairement établie si d’autres facteurs tels que le niveau de diplôme ne sont pas pris en compte.

SOMMAIRE

I) La hausse des contrats instables chez les 15-29 ans, favorisée par leurs spécificités, est une réponse au problème du chômage

A) La flexibilité quantitative interne touche particulièrement les jeunes

1) Les emplois des jeunes sont caractérisés par une forte part de statuts temporaires

2) Les jeunes subissent d’avantage les fluctuations de la conjoncture économique

B) Cette flexibilisation peut-être une réponse au problème du chômage des jeunes

1) La flexibilité est rendu nécessaire par les transformations du marché du travail chez les jeunes

2) Les formes particulières d’emploi sont un tremplin vers l’emploi stable

II) La flexibilité quantitative externe contribue à la hausse de la précarité chez les jeunes 15-29 ans

A) Une plus grande flexibilité n’a pas permis de limiter la progression du chômage des jeunes

1) Les contrats à durée déterminée sont une réponse ponctuelle au chômage des
Jeunes.

2) La relation entre le taux de chômage des jeunes et leur taux de contrats instables n’est
pas clairement établie

B) La hausse des contrats instables entraine une double exclusion des Jeunes (15-29 ans

1) Les jeunes se retrouvent exclus sur le marché primaire
2) Les jeunes se retrouvent également exclus sur le plan personnel

ANNEXE

Taux de chômage et taux de contrats instables des 15-29 ans

Année Taux de chômage des 15-29 ans Taux de contrats instables des 15-29 ans
2003 16.31 %
48.6 %
2004 19.73 % 48.03 %
2005 17.00 % 47.5 %
2006 15.43 % 48.5 %
2007 15.17 % 48.2 %
2008 13.4 % 47.1 %

Bibliographie

_ Brochure « le chômage des jeunes en France » (documents 4, 6, 8, 9)

_ Site du ministère du travail, de l’emploi et de la santé : www.travail-emploi-sante.gouv.fr/

_ Site de l’INSEE : www.insee.fr/