Dissertation Youth Centers

Dissertation Youth Centers
En 2008-2009, les centres jeunesse ont traité 69 705 signalements dont 43, 1 % retenus par la suite de l’établissement de la compromission. Ces chiffres traduisent la réalité d’enfants et de familles en difficultés. Pour ma part, je vis de cette réalité, étant à l’œuvre dans les Centres jeunesse depuis 1989. Cette statistique s’accompagne d’histoires de vie, de réalités d’enfants, de familles en détresse.
Pour l’illustrer, je pense à Caroline, nom fictif, qui a été temporairement confiée à une famille d’accueil afin de permettre à chaque membre de la famille de modifier ses façons de faire en situation de conflit. Son père lui assénait des coups de pieds et coups de poing. J’ai aidé cette famille à reconnaître ses difficultés et à chercher des solutions. Par mon accueil, mon respect et ma qualité d’intervention, j’ai mis en place un plan de protection pour cette adolescente. Je pense aussi à Gilbert, pseudonyme, en crise suicidaire qui a dû être retiré d’urgence de son milieu incapable d’assurer sa protection parce que son père atteint de sclérose en plaques n’avait plus les capacités de l’encadrer.
L’intervention en protection de la jeunesse demande un doigté extraordinaire. Notre art consiste à mobiliser des familles devant opérer des changements pas toujours désirés, dans un contexte d’autorité en marge de la plupart des services de santé et des services sociaux.
Mon engagement répond aux critères de rigueur professionnelle nécessaire aux Centres jeunesse. La mission de venir en aide aux jeunes en difficulté est noble dans notre société et j’y œuvre avec sincérité comme bien d’autres collègues. La différence est dans la poursuite de mes études de deuxième cycle me permettant de lier mes questionnements issus de ma pratique à une démarche scientifique. Étant à l’étape d’élaboration de mon projet de recherche, je souhaite bonifier nos connaissances et éclairer nos pratiques en étudiant la perception des adolescents, destinataires de nos interventions, sur les services reçus dans le cadre de l’application des mesures.
Nous intervenons dans la vie des familles en prenant des décisions majeures fondées sur l’intérêt de l’enfant. Convenons que cette notion juridique, fort enviée ailleurs dans le monde notamment en France, laisse place à notre interprétation. Malheureusement, nous avons dans nos placards des « histoires d’horreur » où, même si nos intentions étaient les meilleures, nos actions ont porté préjudice à l’enfant. Je pense à cette adolescente qui a changé trois fois de familles d’accueil ayant été chez l’une, victime d’un abus sexuel et chez l’autre, physiquement maltraitée. Moi qui avais dit à ses parents que j’appréciais leur courage de laisser à la famille d’accueil le soin de donner des réponses adéquates aux besoins de leur fille. Je pense également à cet adolescent trimbalé d’une famille d’accueil à l’autre, entrecoupé de retour dans sa famille d’origine à chaque fois qu’il a changé d’intervenants cumulant ainsi de nombreuses ruptures de milieu de vie.
Dans cet esprit, il m’apparaît ingénieux de demander l’avis des jeunes, de les faire parler des bons coups dans nos choix d’intervention et des mauvais coups. Quelles actions, quelles interventions, quelles étapes ont permis le dénouement des difficultés, ont corrigé la situation, ont restauré leur dignité ou encore remis leur développement sur les rails de l’émancipation ? Pour obtenir leur point de vue, je veux m’adresser à des plus vieux notamment parce que la pensée critique se développe au cours de l’adolescence.
Advenant l’accès à votre bourse d’étude, je pourrais élargir ma cueillette d’information de deux façons. La première, en recrutant des adultes, autrefois dans nos services, aptes à témoigner de leur appréciation des services reçus dans le cadre de l’aide offerte par la protection de la jeunesse et ses partenaires. La seconde en consultant la triade : enfant, parent et intervenant au cœur des services de protection de la jeunesse afin d’identifier les divergences et les convergences dans les perceptions des services orchestrés par la protection de la jeunesse.
Toujours animée par mon désir de protéger l’enfance et de saisir les opportunités qui permettent de corriger la compromission et d’en apaiser ces conséquences, j’espère contribuer activement au développement des connaissances pour venir en aide aux enfants, perfectionner mon engagement et rayonner dans la communauté professionnelle et académique. Une meilleure connaissance des perceptions des jeunes constituent un gage vers la promotion de l’intérêt de l’enfant, une bonification de nos interventions. L’ensemble de ma démarche scientifique à la maîtrise se nourrit de l’espoir de mieux venir en aide aux jeunes en difficultés.