Dissertation: Pourquoi le personnage d'un récit semble-t-il être libre pendant notre lecture alors que, une fois le livre terminé, il paraît avoir suivit son destin?

Dissertation: Pourquoi le personnage d'un récit semble-t-il être libre pendant notre lecture alors que, une fois le livre terminé, il paraît avoir suivit son destin?

Souvent, pour ne pas dire de tout temps, les auteurs de romans ou pièces tragiques ont inclus l'idée de destin ou fatalité dans leurs œuvres. Pourtant, si le suspens est préservé jusque la fin du livre, c'est bien qu'il n'est pas évident que le personnage ne soit pas libre de ses actes durant la lecture. Ainsi on peut se demander pourquoi le personnage d'un récit semble être libre pendant notre lecture alors que, une fois le livre terminé, il paraît avoir suivi son destin. Il est vrai que le personnage, de par les choix qui lui sont possibles, paraît libre. Malgré ça, on s'aperçoit que celui-ci, quelques soient ses actes, finit par accomplir son destin qui est inévitable.

Pendant la lecture, on émet des hypothèses sur la suite de l'histoire qui est imprévisible car on découvre les actions et connait le personnage au fur et à mesure. C'est pourquoi les actes de ce dernier lui apportent de l'indépendance aux yeux du lecteur.

Si le personnage paraît libre, c'est la plupart du temps en s'opposant à d'autres personnages ou des pressions supérieures : le protagoniste donne l'impression d'agir de son plein gré ; par exemple, Créon de la pièce Antigone, qui refuse de sacrifier son fils Ménécée pour les Dieux. Il prend sa vie et son histoire en main en choisissant d'écouter ou non des ordres ou conseils qui lui sont donnés.

D'un autre côté, par le contrôle de ses envies et sentiments, un personnage peut se délecter de ses devoirs et engagements initiaux et donc choisir une autre voix, comme Chimène du Cid qui fait abstraction de son amour pour Rodrigue et refuse de l'épouser comme prévu par honneur, car il a tué son père. Comme cela, il se libère puisqu'on découvre l'action pendant la lecture et ignore tout de la suite. Ou encore, un personnage digne peut accepter la fatalité de son sort comme Antigone, dans la pièce d'Anouilh qui se résigne à se sacrifier alors que tous les autres personnages veulent la sauver, ainsi fait son propre choix et a l'air libre.

Grâce à ses actions, en prenant des risques, le personnage peut encore être considéré comme libre à l'instar d'Andréa – un des protagonistes de Hell écrit par Lolita Pille – qui boit et se drogue à outrance, conduit à des vitesses plus qu'excessives en plein centre ville. Il défie la mort et met sa vie en danger car se pense invincible, donc libre. Ses états d'ivresse et grisants peuvent aussi donner une sensation de liberté au lecteur, car il est libéré de toute contrainte par son inconscience. D'autre part, le fait qu'il soit issu d'un milieu aisé, lui permet certaines corruptions et lui ouvre des possibilités inédites : il achète sa liberté.

Donc, par leurs actions, un panel de possibilités plus ou moins restreint et parce qu'on les découvre eux et leur vie au fur et à mesure de la lecture, les personnages ont l'air de mener leur existence comme ils le souhaitent, jusqu'à ce qu'on découvre la fin de leur histoire.

Après la lecture, le protagoniste a souvent suivi son destin finalement, puisque celui-ci est inévitable. De plus, celui-ci est presque toujours soumis à une force qui peut avoir différentes formes.

En effet, à la fin de l'œuvre, le personnage se retrouve confronté au destin auquel il voulait se soustraire : par exemple, Chimène finit par écouter son amour et se marie comme prévu. D'une certaine manière, elle est soumise à un autre personnage – Rodrigue – de par ses sentiments. C'est donc lui qui intervient pour réaliser leur joug commun.

Parfois en théâtre, l'auteur sort ses personnages d'une position délicate par une deus ex machina qui leur permet de réaliser leur destin initial de la même manière qu'Antigone, qui survit bien qu'elle ait décidé de mourir. Il s'avère donc que son destin se réalise, puisque c'est le sort qui lui était réservé.

Le personnage est rattrapé par ce à quoi il pensait pouvoir échapper : la mort non seulement de son fils pour Créon, mais aussi de tout le reste de sa famille car il fut puni par les dieux désireux de se venger : en tant que personnage tragique, il est soumis à une force (ici les dieux), il agit de fait sous la contrainte puisque peu importe les choix qu'il fait, il accomplit sa destinée.

Andréa lui, n'échappe pas à sa propre mort. Il est vrai qu'on meurt tous, c'est naturel mais dans ce cas, il paie le prix des risques pris et de ses actes qui le menaient de toute façon vers une autodestruction incontournable. Alors, le lecteur ne sera pas tant surpris par ce juste retour des choses, sorte d'épée de Damoclès suspendue au dessus de sa tête.

Alors, quand on connait l'histoire entièrement, on a acquis une bonne connaissance et compréhension du personnage dont la fin, avec du recul et une vision globale peut être considérée comme logique voir évidente.

C'est parce qu'on découvre l'histoire au fil de la lecture et qu'on est plongé dedans que le personnage paraît tout à fait libre, alors qu'avec du recul, après l'avoir terminée, on réalise qu'il a simplement suivit sa destinée. C'est la connaissance et la capacité à adopter un regard extérieur qui nous permet de faire un bilan au sujet du parcours du personnage. Pour finir, cet effet est aussi une volonté de la part de l'auteur afin de créer une chute, surprendre son lecteur et le captiver un maximum grâce à des rebondissements. Jean-Paul Sartre pensait que les personnages devaient être libres pour paraître vivants, avait-il raison ?