Dissertation: Citation de Pierre Merle et Céline Piquée

Dissertation: Citation de Pierre Merle et Céline Piquée
Commentaire

Introduction
L’Ecole est une instance égalisatrice . Sa principale mission est de fournir aux élèves les compétences requises pour s’insérer dans la société. Cependant, chaque année 150.000 élèves quittent le système éducatif sans qualification. Quelles sont les raisons de ces échecs ? « Mon fils n’a pas de bons résultats scolaires. Je le sais pourtant capable de mieux faire. Qu’est ce qui ne va pas ? Il n’a peut être pas envie d’apprendre, peut-être qu’il n’est pas motivé ? » Bon nombre de parents s’interrogent sur la scolarité de leurs enfants. La motivation scolaire des élèves est également une préoccupation qui interpelle constamment l’Institution scolaire. Plusieurs dispositifs ont été mis en place pour prendre en compte l’hétérogénéité des élèves .
Dans la citation qui nous est proposée, les auteurs traitent de la « motivation des élèves » ou autrement appelé par les sociologues « mobilisation des élèves ». Les auteurs, Pierre Merle et Céline Piquée, donnent deux définitions de la mobilisation scolaire.
Tout d’abord , il s’agit de comprendre que tous les individus sont égaux génétiquement face à leur scolarité, seules les différences d’efforts personnels différencient les parcours scolaires de chacun. Ni l’Institution, ni les professeurs ne peuvent être responsables de la réussite ou de l’échec des élèves.
Dans une deuxième perspective, la mobilisation des élèves relève de la responsabilité individuelle. Chaque individu est unique et a sa propre responsabilité face à ses activités et à l’importance qu’il y accorde.
Ces deux définitions sont contradictoires dans la mesure où si chacun est responsable, les professeurs sont également responsables de leurs élèves et de leur mobilisation scolaire.
Ces définitions se recoupent car elles invalident la conception selon laquelle les différences de parcours scolaires sont le fait des inégalités sociales. Elles relèveraient plutôt de la responsabilité individuelle.
Les deux auteurs ont pour objectif de traiter de la mobilisation des élèves dans une perspective sociologique .
Pierre Merle est un sociologue, professeur d’université et spécialiste des questions scolaires notamment la sociologie des inégalités, sociologie de l’évaluation des élèves…
Il collabore dans cet article avec Céline Piquée qui a également développé le thème des inégalités dans ses recherches.
Ensemble, ils traitent le sujet de la mobilisation scolaire des élèves durant l’année scolaire, dans et en dehors de l’espace scolaire. Il s’agit de comprendre quel sens donne l’élève à l’Ecole, le rapport des élèves aux apprentissages.
Au cours de cette réflexion nous nous demanderons dans quelle mesure peut-on dire que les élèves sont responsables de leurs mobilisations au regard de leurs parcours scolaires ? Sont –ils réellement les seuls responsables ? La conception de la mobilisation scolaire des auteurs remet-elle vraiment en cause les inégalités scolaires et sociales ?
Dans un premier temps, nous traiterons du concept de la motivation/mobilisation scolaire . Ensuite, nous verrons que la mobilisation est influencée par plusieurs facteurs, nous en analyserons quelques-uns. Enfin, nous questionnerons la responsabilité des élèves dans la mobilisation des élèves .

I. La conception de la motivation / mobilisation scolaire
1. Les individus sont égaux génétiquement
Tous les individus sont capables de réussir puisqu’ils sont tous égaux genetiquement. Cette affirmation des auteurs n’est pas totalement vraie . Certains naissent avec des maladies génétiques, des handicaps qui les empêchent d’envisager une scolarité « normale ». Aussi l’Institution fait face à cette problématique en proposant des dispositifs adaptés qui prennent en compte les spécificités de ces publics. (ULIS, CLIS…)
Même si l’on considère que les élèves sont nés égaux génétiquement, il ne faut pas ignorer que certains développent des difficultés d’apprentissage au cours de leur scolarité obligatoire. Aussi, malgré leurs efforts, il est possible qu’ils échouent.
Qu’est ce qu’ « être mobilisés » pour les élèves ? Est-ce répondre au attentes des professeurs c’est-à-dire avoir de bonnes notes ? Est-ce pouvoir réutiliser les savoirs acquis à l’école dans la vie quotidienne ? Il y a une disparité de réponses à cette question car elles sont influencées par plusieurs facteurs.
2. Le rapport au savoir des élèves a évolué
Il est vrai que l’élève doit pour réussir son parcours scolaire mettre en place des stratégies et prendre ses responsabilités c’est-à dire faire des efforts personnels comme l’estiment les auteurs. Dans ce sens, la notion du « rapport au savoir » prend toute sa dimension . L’élève donne ou pas un sens à ses études. Dans son ouvrage Métier d’élève et sens du travail scolaire, P. Perrenoud nous donne différentes stratégies que les élèves mettent en place pour appréhender leur parcours scolaire. Au terme de « motivation », il préfère celui du sens du travail, sens des savoirs, des situations et des apprentissages scolaires. Dans cette perspective l’élève est en effet responsable de son parcours.
Le rapport au savoir des élèves a beaucoup évolué. Le fait qu’on aille à l’Ecole pour apprendre n’est plus évident pour les jeunes . Ils ont du mal à se concentrer et font rarement preuve de plaisir à apprendre. Le fait qu’ils ne saisissent pas le sens de leurs apprentissages nuit à leur motivation scolaire. Ils choisissent souvent la facilité et se limitent à la routine scolaire et perdent confiance en leurs capacités et l’intérêt pour les cours. En effet, avec l’arrivée des nouvelles technologies, certains élèves se déchargent de leurs responsabilités face à leur parcours scolaire. Ils vont chercher à produire le moins d’effort possible. On voit apparaitre de plus en plus de sites internet qui vendent des devoirs clés en main et dont les élèves n’hésitent plus à se servir pour réussir moyennant finances.
Dans un article intitulé Le rapport au savoir en milieu populaire : « apprendre à l’école » et « apprendre la vie », Bernard Charlot , explique que pour les jeunes issus des milieux populaires, apprendre à l’école, c’est faire le nécessaire pour passer de classe en classe et avoir un emploi. Etre mobilisés c’est « faire ce qu’on leur dit de faire » : arriver à l’heure, lever la main avant de prendre la parole, écouter le professeur, avoir de bonnes notes…
II. La mobilisation est influencée par plusieurs facteurs.
1. Les facteurs socioculturels
Force est de constater que les facteurs socioculturels entrent en ligne de compte dans la motivation/mobilisation scolaire des élèves. Dans La reproduction, Bourdieu avance que les inégalités scolaires sont en fait le reflet des inégalités sociales. Les auteurs de la citation supposent que ce principe est mis à mal si effectivement leur théorie se confirme. Or, Dans les quartiers populaires, on retrouve souvent des familles nombreuses. Certains enfants se retrouvent à devoir s’occuper de leurs et sœurs parce que les parents travaillent beaucoup pour survenir aux besoins du foyer. Face à cette situation, ils n’ont d’autres choix que de faire passer leur famille avant leur scolarité. Cela relève également de la responsabilité.
Certains jeunes sont victimes de ce qu’on pourrait appeler « l’appel de la rue ». il ya une mise en valeur du parcours des aines qui ont réussi financièrement grâce à de nombreux trafics. (stupéfiants, armes etc.) et sur lesquels les plus jeunes prennent exemple sur ce qui semble pour eux être une valeur plus sûre que l’école.
D’autres rencontrent des difficultés financières notamment au lycée. Dans ces circonstances, ils sont dans l’obligation de favoriser leur vie professionnelle au détriment de leur vie scolaire. Ces situations se présentent le plus souvent dans les familles monoparentales, lorsque les parents sont au chômage, ou encore dans les familles dites défavorisées.
2. L’expérience scolaire des élèves
Le passé scolaire de l’élève influence également la mobilisation scolaire. Dans L’école des chances, F. Dubet pose une problématique intéressante. L’élève qui échoue apparait comme responsable de son propre échec. Mais qu’en est-il quand il a travaillé, qu’il échoue et qu’il ne peut expliquer cet échec. En effet, cela affecte l’estime de soi de l’élève. Les élèves sont obligés de se lancer dans une compétition scolaire et « malheur aux vaincus ». L’égalité des chances et la méritocratie aspirent et rejettent les élèves.
Il en va de même pour le redoublement. Pierre Merle dans L’élève humilié explique que le redoublement est vécu par l’élève comme un rabaissement scolaire, comme une humiliation. Cela peut en effet, affecter grandement la mobilisation scolaire de l’élève. Il y a une remise en question de l’utilité de l’école mais aussi de sa capacité à réussir. C’est dans cette perspective que le rôle des adultes et leurs responsabilités face à la mobilisation scolaire des élèves prennent tous leur sens.
III. Les adultes sont également responsables de la mobilisation des élèves
1. Le rôle des enseignants
Dans un établissement scolaire, les adultes sont les premiers référents des élèves. Ils ont autorité sur les élèves, l’autorité étant la forme que prend la responsabilité. L’enseignant sait ce que l’élève ne sait pas encore : il fait donc également autorité par les savoirs. Il est le représentant de l’Institution. Repérer les élèves en difficultés d’apprentissage fait partie des responsabilités des professeurs. Ils ont « pour fonction de communiquer l’envie d’apprendre, favoriser la participation des élèves, être garant du bon ordre et d’un climat propice à un travail efficace ». (Circulaire du 23 mai 1997, Missions du professeur). Un enseignant se doit d’être innovant, dynamique, communicatif. Il transmet des connaissances mais inculque également des méthodes de travail qui mobilisent l’élève. La motivation du professeur a une répercussion sur la motivation des élèves. Etablir un bon rapport entre l’élève et le professeur est primordial notamment à travers le dialogue, l’interactivité pendant les cours. Comme l’écrivent les auteurs dans leur article « les références culturelles des élèves et des professeurs sont souvent distinctes ». Aussi, il est important que les professeurs trouve des stratégies de travail innovantes qui se rapprochent de l’univers des élèves notamment en créant avec des activités variées et des supports créatifs de façon à susciter l’intérêt et la participation des élèves, simplifier leur apprentissage et élargir leurs connaissances. C’est pourquoi l’enseignant doit s’actualiser en permanence et adapter son comportement.
2. Le rôle des parents
La responsabilité des professeurs est partagée avec celle des parents d’élèves. Cette articulation entre l’école et la famille de l’élève est indispensable. Les parents ont l’obligation d’accompagner leur enfant dans sa scolarité. Il s’agit de développer son sens des responsabilités face à sa scolarité. Si toutes les conditions sont réunies pour sa réussite, l’élève part avec un avantage considérable. Aussi conserver un bon cadre familial doit être une priorité pour les parents. Si les parents prennent l’habitude de consacrer quotidiennement un peu de temps pour dialoguer avec leur enfant, les problèmes scolaires seraient diagnostiqués plus rapidement et renforcerait chez l’élève la conscience de l’importance que revêt sa scolarité. A la maison, il est important que l’élève ait un lieu où il effectue son travail scolaire et que soit définit un temps quotidien nécessaire pour l’effectuer.

Conclusion :
Les enseignants doivent se préoccuper de la mobilisation scolaire de leurs élèves car ils sont en quelque sorte des modèles pour eux. Ils sont des facteurs importants qui influent sur la motivation des élèves. La perception qu’a l’élève de sa scolarité doit également être étudiée car de nombreux facteurs l’influencent. Cependant, peut-on dire que l’élève qui est motivé est celui qui réussit ?