Dans une de ses lettres à H. Malot, J. Vallès décrit son roman L' Enfant comme un «bouquin intime d'émotions naïves». Pensez-vous que ces termes définissent bien cette œuvre?

Dans une de ses lettres à H. Malot, J. Vallès décrit son roman L' Enfant comme un «bouquin intime d'émotions naïves». Pensez-vous que ces termes définissent bien cette œuvre?

A partir de ce sujet de dissertation, vous rendrez une introduction, un plan de dissertation (chaque titre de partie et de sous-partie sera rédigée d'une phrase complète; en dessous, vous indiquerez un exemple emprunté au roman qui illustrera votre argument), la première partie rédigée soigneusement.

Analyse du sujet :

_ L'auteur de la citation est Vallès, on peut donc ce dire que cette citation donne le point de vue du fondateur de l'œuvre, mais il s'agit aussi d'une remarque subjective, alors il faut garder son avis critique à l'égard de la citation, puisqu'il y a un pas entre ce qu'on souhaite faire et ce qu'on fait.
_Les consignes nous informent qu'il faut prendre en compte l'œuvre entière.
_3 termes attirent notre attention: «intime» , «émotions», «naïve». Il faut les définir et les mettre en relation les uns avec les autres.
«intime» : parler d'une vie et de moments personnels, ce qui est à l'intérieur et au plus profond, ce qui est relatif au fond de l'âme, qualifie ce qui est très personnel, ce qui touche la vie privée, ce qui ce passe entre des personnes et qui ont une relation étroite.
«émotions» : état de trouble, d'agitation aux causes multiples, qui survient de manière brusque, qui peut s'accompagner de troubles physiques (rougeurs, tremblements), et de modifications physiologiques.

«naïves» : ce qui est vrai, sans artifices, qui est franc, sans recherches, qui est naturel.

Les émotions sont intimes puisqu'elles sont ce qu'on ressent à l'intérieur, elles sont naïves quand elles sont vraies c'est à dire qu'elles ne sont pas recherchées, mais qu'elles sont naturelles.
Donc le livre de Vallès sera le récit de sa vie avec des moments qui le touchent en profondeur et qui sont liés à des états de trouble survenant brutalement, qui sont naturels, et pas recherchés.

L' Enfant : _Roman autobiographique : Il ne répond pas constamment au pacte autobiographique.
_Reprend moment de sa vie mais il s'agit tout de même d'une fiction.
_La jeunesse du narrateur.
_Maltraitance de l'enfant mis en scène mais ce sert de l'humour pour dénoncer ces injustices qu'il subit.
_Mélange des voix narratives, ( voix du narrateur adulte se confond avec voix du narrateur enfant)
_L'enfant est marqué par sa naïveté, son innocence. Chez lui tout est naturel, il n'a pas encore tous les vices que peuvent posséder les adultes.
_Les souvenirs peuvent surgir par le biais de sentiments et d'émotions.
_Mélange des registres : tragique, absurde, pathétique, Ironique.
Questions: Qu'est-ce-qui caractérise le roman autobiographique?
Pourquoi intégrer de l'ironie dans une œuvre aussi tragique?
Quel est le but du mélange des deux voix narratives qui compose le recueil?
Quel est l'intérêt de mélanger e genre autobiographie au genre romanesque?

Problématique :
Nous nous demanderons comment l'envie de l'auteur, qui est de créer un «bouquin intime» , fait entrer son œuvre dans un mélange des genres romanesque et autobiographique.

Plan :

1) L' Enfant répond à certains critères de l'autobiographie.
L'œuvre de Jules Vallès intègre divers principes de l'autobiographie, il s'agit d'un recueil qui conte l'enfance difficile de l'auteur. Il s' agit en quelque sorte d'un témoignage.

a) La chronologie de l'œuvre.
Le récit se plie à la logique de la mémoire, en effet le narrateur adulte cherche par ses souvenirs à retranscrire ce qu'à vécu le personnage de l'enfant, par l'utilisation de la première personne du singulier : «je».

Exemple : Chapitre I «Ma Mère» : «Ai-je été nourri par ma mère? Est-ce une paysanne qui m'a donné son lait? Je n'en sais rien. Quel que soit le sein que j'ai mordu, je ne me rappelle pas une caresse du temps où j'étais tout petit [...]» (p 27) «Quels souvenir ai-je encore de ma vie de petit enfant? Je me rappelle que , devant la fenêtre, les oiseaux viennent l'hiver picorer dans la neige ; que l'été, je salis mes culottes […] Il paraît que j'aime le bleu.» (p 33).

b) L'origine de la réminiscence.
Comme dans un grand nombre d'autobiographie, ce sont des sensations vécues qui marquent certaines scènes du passé enfantin, cela peut être une odeur ou un bruit. Elles permettent une meilleure rétrospection, plus détaillée.

Exemple : Chapitre XIV «Voyage au pays» : «CHAUDEYROLLE» : «Il vient je ne sais quelle odeur de sureau. _Ah! J'ai le cœur qui s'en va, tant cette odeur est douce!» (p 154) «Clic, clac! On farfouille dans la serrure.» (p 119).

c) L'autobiographie choisit non pas pour raconter sa vie mais pour dénoncer un fait social.
Le choix de l'autobiographie est pris par l'auteur, afin de dénoncer la maltraitance parentale qui a subit durant toute son enfance, mais aussi celle que d'autres enfants ont subi. Il veut montrer l'impossibilité de défense qu'ont les enfants face à la violence et l'intériorisation de leur révolte.

Exemple : Chapitre I : «Ma Mère» : «Ma mère dit qu'il ne faut pas gâter les enfants, et elle me fouette tous les matins; quand elle n'a pas le temps le matin, c'est pour midi, rarement plus tard que quatre heures.» (p 27), «Ma mère apparaît souvent pour me prendre l'oreille et me calotter. C'est pour mon bien; aussi, plus elle m'arrache de cheveux, plus elle me donne de taloche, et plus je suis persuadé qu'elle est une bonne mère et que je suis un enfant ingrat.» (p 33-34).

2) Cependant, il s'agit avant tout d'un roman qui possède des critères autobiographiques.
Le roman de Jules Vallès est dit « roman autobiographique», c'est à dire qu'il a des similitudes avec les autobiographies, mais qu'il reste avant tout un roman. C'est d'ailleurs ce que souhaite l'auteur, il écrit un roman qui raconte certains moments de sa vie, mais qui ne sont pas écrit en tant que copies conformes de la réalité.
a) Le pacte autobiographique.
Le pacte autobiographique fonctionne seulement de manière biaisé. En effet, J. Vallès établit une distance entre lui et son propre personnage, par une écriture directe et familière qui rompt avec les conventions de l'autobiographie.

Exemple : Chapitre XVIII : «Le départ»: «Ma jeunesse s'éteint, ma mère est éveillée!» (p 209).

b) La création d'éléments fictifs.
Dans son œuvre, l'auteur intègre beaucoup d'éléments de «sa vraie vie», cependant il établit des déformations, qui accentuent la mise à distance avec son personnage, et créent des éléments fictifs.

Exemple : Le protagoniste Jacques Vingtras et l'auteur Jules Vallès ont les mêmes initiales.
Chapitre XXII : «La pension Legnagna», s'appelle en réalité, dans la vie de J. Vallès, la pension Lerreignan.

c) Une famille fictive.
J. Vallès donne une image de la vie de province au XIX ème siècle et de la vie de famille nucléaire (réduite aux parents et à l'enfant unique). Mais, J. Vallès qui dans son roman transpose sa propre enfance, ne mentionne ni ses deux frères cadets morts en bas âge et sa sœur cadette envoyée à l'asile, ni ses deux frères aînés morts aussi en bas âge.

Exemple : Chapitre I : «Ma Mère» : «Je suis le premier enfant de cette union bénie.» (p 31).

3) Cette amalgame qui ce nomme «Roman autobiographique» est caractérisé par le jeu des voix narratives.
Le jeu des voix fait le charme du récit, il permet de rendre l'œuvre non pas comme un plaidoyer des droits de l'enfant, mais comme une dénonciation qui ce sert du rire pour faire passer son message.
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a) L'innocence de l'enfant mis en scène.
J. Vallès utilise du vocabulaire simple et naïf pour montrer qu'il s'agit du narrateur enfant qui fait part du souvenir.

Exemple : Chapitre II : «La famille» : «Mon oncle Joseph, mon tonton comme je dis [...]» (p 39).

b) Le savoir de l'adulte.
J. Vallès se sert d'un lexique soutenu pour montrer l'esprit ironique, et plus élaboré du narrateur adulte.

Exemple : Chapitre II : «La famille» : «ce jour là, on m'ordonne majestueusement de rester tranquille.» (p 40).

c) Le jeu des deux voix narratives.
Les deux voix narratives, celle du narrateur enfant et celle du narrateur adulte, sont parfois confondus. De cette façon, l'auteur incorpore une tonalité humoristique, ce qui permet d'empêcher un élan d'attendrissement envers l'enfant de la part du lecteur. Il se sert de l'ironie pour faire rire le lecteur au lieu de le faire pleurer.

Exemple : Chapitre V : «La Toilette» : «Mme Vingtras y met parfois de l'espièglerie.» (voix du narrateur adulte).
«Ma mère m'a vêtu en charbonnier.» (voix du narrateur enfant) (p 60).

Introduction :

Sur la page qui précède la préface de l'œuvre, J. Vallès fait une dédicace, il nomme les principaux destinataires de son recueil : «A tous ceux qui crevèrent d'ennui au collège ou qu'on fit pleurer dans la famille, qui, pendant leur enfance, furent tyrannisés par leurs maîtres ou rossés par leurs parents. Je dédie ce livre.» Il y résume en quelques lignes ce qu'a été son enfance et ce qu'il cherche à dénoncer.
D'ailleurs dans une de ces lettres H. Malot, J. Vallès décrit son roman L' Enfant comme un «bouquin intime d'émotions naïves».
Les émotions sont intimes puisqu'elles sont ce qu'on ressent à l'intérieur, elles sont naïves quand elles sont vraies , c'est à dire qu'elles ne sont pas recherchées, mais qu'elles sont naturelles.
Donc le livre de Vallès sera le récit de sa vie avec des moments qui le touchent en profondeur et qui sont liés à des états de trouble survenant brutalement, qui sont naturels, et pas recherchés.
Nous nous demanderons comment l'envie de l'auteur, qui est de créer un «bouquin intime» , fait entrer son œuvre dans un mélange des genres romanesque et autobiographique.
Nous allons voir dans un premier temps, que divers critères oubli l'autobiographique règnent dans cette œuvre. Mais qu'il s'agit d'un roman et donc qu'il y a une part de fiction. Enfin, nous regarderons de plus près les voix narratives qui coexistent dans L' Enfant.

1) L' Enfant répond à certains critères de l'autobiographie.

a) La chronologie de l'œuvre.
Les autobiographies sont caractérisées par une réminiscence chronologique, c'est à dire que c'est le narrateur adulte qui cherche à se souvenir de ce qu'il vécu étant enfant. Dans ce cas c'est le narrateur enfant qui le raconte avec toute sont innocence.
Le récit se plie donc à la logique de la mémoire, alors le narrateur adulte cherche par ses souvenirs à retranscrire ce qu'à vécu le personnage de l'enfant, par l'utilisation de la première personne du singulier : «je». De cette manière il fait part au lecteur des sensations qu'il a vécu au moment du souvenir. Il essai de se rappeler les moments où il n'était encore qu'un bébé, et essai de savoir s'il a put recevoir un peu de tendresse une fois dans sa vie. En effet, on peut prendre comme exemple deux extraits dans le Chapitre I : «Ma Mère» : «Ai-je été nourri par ma mère? Est-ce une paysanne qui m'a donné son lait? Je n'en sais rien. Quel que soit le sein que j'ai mordu, je ne me rappelle pas une caresse du temps où j'étais tout petit [...]» (p 27) «Quels souvenir ai-je encore de ma vie de petit enfant? Je me rappelle que , devant la fenêtre, les oiseaux viennent l'hiver picorer dans la neige ; que l'été, je salis mes culottes […] Il paraît que j'aime le bleu.» (p 33).

b) L'origine de la réminiscence.
Comme dans un grand nombre d'autobiographie, ce sont des sensations vécues qui marquent certaines scènes du passé enfantin, cela peut être une odeur ou un bruit. Elles permettent une meilleure rétrospection. En effet, quand un des sens est éveillé dans le passé, et qu'il est de nouveau éveillé dans le présent, le souvenir peut surgir. De plus, le lien d'un souvenir avec un des sens le rend encore plus réel puisqu'il y a de nombreux détails qui se rattachent aux sensations qu'a éprouvé le narrateur. Il rend le souvenir plus crédible et l'intègre dans le présent de l'énonciation. Cela donne l'impression que la scène se passe au moment où le narrateur la raconte. Jacques raconte divers souvenirs de sa vie qui l'on marqués tant les bons que les mauvais, et quand l'un est marqué par l' éveil d'un de ses sens, le souvenir devient une scène a part entière qui se déroule devant nos yeux, que les détails nous permettent d' imaginer dans son intégralité . On peut le remarquer dans le Chapitre XIV «Voyage au pays» : «CHAUDEYROLLE» : «Il vient je ne sais quelle odeur de sureau. _Ah! J'ai le cœur qui s'en va, tant cette odeur est douce!» (p 154) «Clic, clac! On farfouille dans la serrure.» (p 119).

c) L'autobiographie choisit non pas pour raconter sa vie mais pour dénoncer un fait social.
Le choix de l'autobiographie est pris par l'auteur , afin de dénoncer la maltraitance parentale qu'il a subi durant toute son enfance, mais aussi celle que d'autres enfants ont pu subir. Il veut montrer l'impossibilité de défense qu'on les enfants face à la violence et l'intériorisation de leur révolte. En effet, dans son recueil J. Vallès, dévoile au grand jour sa terrible enfance, qui se résume à l'oppression de sa mère sur sa vie. Il veut montrer qu'il est dure pour un enfant de cette époque qui est maltraité de s'opposer à l'un de ses parents, puisqu'à l'école il est instruit aux enfants qu'il faut toujours obéir aux parents et aux adultes. De plus, Jacques se trouve dans la violence tant dans le cercle familiale que dans celui scolaire. Le personnage est battu quotidiennement, mais il subit aussi de la violence morale par ses parents tant par le manque de tendresse qu'il peut ressentir que par le manque de liberté qui l'oppresse constamment. On peut voir le manque de culpabilité de la mère maltraitant son enfant. Et qu'a cause de sa naïveté et de son innocence il ne déteste pas sa mère, bien au contraire.
Nous pouvons le voir dans les extraits du Chapitre I : «Ma Mère» : «Ma mère dit qu'il ne faut pas gâter les enfants, et elle me fouette tous les matins; quand elle n'a pas le temps le matin, c'est pour midi, rarement plus tard que quatre heures». (p 27), «Ma mère apparaît souvent pour me prendre l'oreille et me calotter. C'est pour mon bien; aussi, plus elle m'arrache de cheveux, plus elle me donne de taloche, et plus je suis persuadé qu'elle est une bonne mère et que je suis un enfant ingrat.» (p 33-34).